• Tsunami

     

    L'horizon s'était doublé d'une ligne sombre. Fasciné, il ne pouvait détacher son regard de ce cheval qui approchait au galop. Sa course était régulière. Elle lui semblait lente, calme. C'était un mur aqueux qui avançait vers lui tranquillement pour submerger la plage et tout emporter. Il regardait ce spectacle comme s'il était au cinéma, confortablement installé et protégé par un écran. En 3D.

    Un souffle d'air humide l'enveloppa. Il tressaillit et le cauchemar devint réel. Subitement, son corps comprit. Il sentit ses tripes se serrer, broyées par la terreur. Il allait mourir. Sa poisse légendaire venait à nouveau de frapper. Pour la dernière fois. Victime d'un tsunami au milieu de l'océan Pacifique. Une fin anonyme, dérisoire, à l'image de sa vie.

    Alors son cerveau reptilien prit le relais. Son corps fit demi-tour, ses yeux s'attachèrent au point le plus haut de l'île : la falaise. Fuir ! Fuir pour s'y réfugier. Échapper à l'ennemi, sauver sa peau, se battre jusqu'au bout. Il ne capitulerait pas. Peut-être lui restait-il une ultime chance de survivre au cataclysme. Au sommet. Tout là-haut.

    Paralysé par la peur, son corps mit quelques dixièmes de secondes à réagir. Enfin, ses jambes commencèrent leur course effrénée. Il quitta le sable de la plage. Entra dans la forêt. Gravit le sentier de sable tiède. Jamais ses pieds n'avaient foulé le sol à une cadence si rapide. Il croisa des arbres familiers, dont les racines le firent trébucher. Il se releva, reprit sa course. Les poumons en feu, le souffle court, le cœur arraché par l'angoisse, il entendait le grondement dans son dos. C'était une masse énorme, menaçante. Un monstre prêt à le saisir pour l'emporter aux Enfers. Il percevait la puissance de l'eau, lancée sur lui par la colère divine. Il se focalisa sur ses jambes, ses cuisses, ses mollets. Dans ses muscles en feu se concentrait la force herculéenne de tous les héros de la mythologie.

    Il venait de dépasser son campement. Il ne fléchissait pas, mû par une peur ancestrale, puissante. Il tourna la tête vers l'est, vers la crique. Il eut une pensée furtive pour les colosses qui avaient senti venir le danger. Ils avaient cherché à le prévenir mais lui n'avait pas compris leurs cris d'alerte. Comment aurait-il pu soupçonner une telle apothéose ? 

    Il arrivait au pied de la falaise, grise, immense. Infranchissable. Il allait sortir de la forêt quand la vague le rattrapa. Elle était là, elle attendait, suspendue au-dessus de ses frêles épaules, prête à l'engloutir. Quelques gouttes coulaient déjà le long de son dos quand, poussé par un ultime instinct de survie, il avisa un arbre vigoureux. Il se précipita vers l'écorce sombre et s'agrippa à une branche basse.

    Alors l'eau s'abattit sur lui. La vague géante l'écrasa sous son poids. Broyé par le Léviathan, il fut réduit à son état primaire. Aplati. Pulvérisé. Il n'était rien. Rien qu'une vie parmi des milliards d'autres à l'échelle de l'Univers. Une fourmi, un pou, un parasite. Un vulgaire amas de cellules. Un être humain naufragé sur une île. Seul.

    Sa tête heurta le tronc et il sombra dans le noir absolu.

     

    Ce texte m'a été inspiré par ma lecture en cours, Rodden Eiland de Bouffanges, un roman qui vient de paraitre : lien.

    Je vous conseille de rejoindre le héros de cette histoire, Edouard Hythlodée, vétérinaire, chirurgien et poissard, sur cette île perdue du Pacifique où il tente de survivre en attendant les secours. Vous ne regretterez pas le voyage...

     

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