• Le cap des 2000 visites a été franchi hier. Vous êtes de plus en plus nombreux à venir et revenir sur le blog pour y lire l'un de ses 72 articles (je suis surprise de ce nombre... je ne pensais pas avoir été aussi prolifique en 10 mois d'écriture).

    Merci pour votre présence et votre fidélité.

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    J'ai écrit ce matin un nouvel épisode de l'histoire de Dylan que je vous livre ici. Le dénouement est proche...

    Albert gara sa voiture sur le parking, au milieu de véhicules modestes, aux couleurs délavées. Il prit le temps d'observer les immeubles qui l'entouraient : il était au centre d'un complexe immobilier des années soixante-dix, au centre de cette jungle de béton gris, au centre de l'arène. Les lieux étaient déserts mais il sentait des regards l'épier depuis les multiples fenêtres. Il était l'intrus. Heureusement, l'enfant à ses côtés justifiait sa présence dans ces lieux inhospitaliers.

    Ils montèrent l'escalier jusqu'au troisième étage. Dylan frappa à la porte 7 et attendit.

    — Tu n'entres pas ? lui demanda Albert, surpris. Tu n'as pas la clé ?

    — Non. J'ai pas le droit.

    L'homme n'eut pas le temps de demander des explications. La porte s'ouvrit sur une femme jeune, petite et nerveuse, avec un bébé posé sur la hanche. Une odeur de légumes et de graillon envahit le palier. Ils pénétrèrent dans l'appartement et avancèrent jusqu'à la salle de séjour. Elle invita l'homme à s'asseoir et s'éclipsa.

    Il avait remarqué cette trace sur sa joue qui confirmait ses craintes. Il envoya discrètement un message à Charlotte, restée dans la petite maison près de la forêt. Elle allait pouvoir agir, comme convenu.

    Cynthia revint quelques secondes plus tard avec une tasse de café fumant qu'elle posa devant l'inconnu. Elle gardait les yeux baissés et parlait peu, gênée de cette présence masculine inhabituelle. Les minutes s'égrenèrent pendant qu'Albert sirotait la boisson chaude. Il prenait son temps, lui racontant à nouveau ce qui s'était passé le matin même. Elle finit par lancer d'un ton agacé :

    —  Faut qu'y retourne à l'école maintenant. Si son père apprend...

    — Ah non, m'man, s'te plait. J'irai demain ! pleurnicha Dylan. J'ai trop mal partout.

    Albert s'apprêtait à prendre la défense de l'enfant quand des coups furent frappés à la porte. Cynthia sursauta et regarda furtivement autour d'elle. Elle semblait si fragile qu'Albert ne put s'empêcher de voir en elle un animal traqué qui cherche une cachette. Dylan se précipita dans le vestibule pour ouvrir. Il réapparut bientôt en marchant lentement à reculons, pâle, les yeux fixés droit devant lui, comme s'il avait vu un fantôme. Un policier en uniforme lui faisait face.

     

    Ensuite, les événements s’enchaînèrent : le trajet vers l'hôpital où ils déposèrent Cynthia, le retour chez Albert, la soirée de Dylan dans sa nouvelle famille, l'attente de nouvelles.

    L'appel de sa mère arriva à 22h14. Dylan n'oublierait jamais ce moment, cette scène qui resterait à jamais gravée dans sa mémoire : Albert hochant la tête avec un air triste, Charlotte qui l'entourait de ses bras en prononçant ces simples mots :

    — C'est fini.

    Et puis le flot de larmes qui coulèrent de ses yeux. La brûlure dans sa poitrine. La rage qui s'empara de lui. Il voulut sortir, courir, s'enfuir. Mais il n'en eut pas la force. Les bras de Charlotte étaient comme un rempart contre lui-même.

    Il finit par aller se coucher dans le grand lit moelleux. Allongé là, il regarda la fenêtre et vit un éclair bleu déchirer l'obscurité. L'être cyclope apparut au pied du lit.

    — Laisse-moi ! hurla l'enfant.

    Alertée par ce cri, Charlotte entra dans la chambre.

    — Que se passe-t-il ?

    — C'est lui, là ! cria Dylan en désignant l'endroit où se tenait Bêta.

    — De qui parles-tu ?

    Quand elle alluma la lumière, il n'y avait personne. Elle discerna juste quelques paillettes de lumière multicolore qui s'évaporèrent en une fraction de seconde. Elle ébaucha un sourire puis vint s'asseoir près de l'enfant. De sa main douce et chaude, elle lui caressa le dos. D'abord réticent, il s'abandonna bientôt à ce contact. Son corps épuisé par cette longue journée finit par se détendre. Et il s'endormit.

     


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  • L'enfant s'agita. Sa tête roulait sur l'oreiller, oscillant d'un côté à l'autre dans un mouvement convulsif. Il avait le visage rougi par la fièvre et marmonnait des paroles incompréhensibles.

    Ils étaient là, tout autour de lui. Des êtres étranges qui le regardaient de leur œil unique. Ils s'approchaient, repartaient, virevoltaient comme des papillons incontrôlables. C'était une valse qui donnait le tournis. Dylan ferma les yeux mais ça ne servit à rien : le cauchemar se poursuivait. Les êtres blancs dansaient sans fin autour de lui, le harcelaient comme Kyllian et Kevin. Jamais ça ne s'arrêterait.

    — Laissez-moi ! J'ai rien fait !

    Pour une fois, ces paroles qu'il avait si souvent répétées atteignirent leur objectif. Les fantômes comprirent le message : la danse prit fin. Autour de l'enfant, la ronde s'élargit et cessa de bouger. L'un des êtres se détacha du lot et avança de quelques pas.

    — Je m'appelle Bêta et je suis là pour t'aider.

    Il semblait moins blanc que les autres, légèrement bleuté. Il avait des contours flous, comme nappés de brouillard. Seul son œil était bien dessiné, un œil dont l'iris brillait de mille paillettes multicolores, un œil que l'enfant ne parvenait pas à fixer.

    — Fichez-moi la paix. J'ai pas besoin de vous.

    Bêta ne répondit pas. Il tendit le bras vers Dylan. L'appendice était flou, nuageux. A son extrémité, une sorte de pince triangulaire s'approcha rapidement. Si vite que Dylan n'eut pas le temps de réagir. Les trois points de contact se posèrent sur le dos de sa main. Il n'eut ni la force ni le réflexe de la retirer.

    Et alors il sentit. L'onde de bien-être entra dans sa main, son bras gauche, son torse et se sépara en deux flux : l'un qui emplit son cerveau puis son bras droit et l'autre qui se dirigea comme une vague bienfaisante vers ses jambes, ses chevilles, ses orteils.

    Bientôt, Dylan ne fut plus que douceur et volupté. Jamais il ne s'était senti aussi calme et léger. Apaisé. Heureux. Il ressentait une envie de chanter, de rire, de courir. Si sa petit soeur avait été là, il l'aurait couverte de bisous. 

    — Dylan !

    Le cri lancé par une voix féminine retentit dans l'escalier. L'enfant ouvrit les yeux, se réveillant de son délire. Il mit quelques dixièmes de seconde à comprendre où il se trouvait. Au pied du lit, il discerna une forme bleue, camouflée sur la couette de même couleur, dans laquelle il crut reconnaître le fantôme qui lui avait parlé. L’œil unique se ferma et s'ouvrit comme s'il lui envoyait un clin d’œil et Bêta disparut, laissant derrière lui une volute de vapeur multicolore.

    Dylan sourit. Il n'avait pas rêvé. Les êtres de la forêt existaient vraiment. Au fond de lui, il l'avait toujours su. Mais il ne pensait pas qu'il aurait la chance de les rencontrer un jour.

    La porte de la chambre s'ouvrit doucement et la dame entra. Elle apportait les vêtements de l'enfant, qu'elle avait lavés et fait sécher. Si elle fut surprise de constater que les traces sur ses jambes avaient disparu, elle n'en laissa rien paraître.

    Le garçon enfila ses vêtements qui étaient souples, doux, et qui sentaient bon la lessive. Puis ils descendirent pour le repas. Albert les attendait dans la cuisine.

    — Comment vas-tu, petit ?

    — Ça va, mais j'ai très faim.

    — C'est une bonne maladie, ça. Allez, viens à table. Tu vas voir, la purée de Charlotte est divine.

    Dylan n'osa pas demander ce que voulait dire ce mot. Et puis, il avait trop faim pour poser des questions. Il mangea de bon appétit et ne remarqua pas les regards qu'Albert et Charlotte échangeaient.

    Ils savaient. Ils avaient compris. Mais ils hésitaient encore sur la conduite à tenir.

     


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  • Voici la suite de l'histoire de Dylan.

    Vous pouvez retrouver tous les épisodes de ce feuilleton en cliquant sur Dylan dans le nuage de mots.

     

    Cynthia se dépêcha de poser assiettes, verres et couverts sur la table. Elle saisit ensuite le biberon d'eau tiède, y versa la poudre de lait et l'agita, en jetant des regards inquiets par la fenêtre. Le bruit de moteur qu'elle craignait d'entendre déchira l'air. Il arrivait.

    Dans la pièce attenante, le bébé hurlait, affamé. Mais la jeune femme savait où était la priorité du moment. Elle soupira et prononça quelques mots vers la chambre pour demander à sa fille de patienter quelques minutes. 

    La porte d'entrée claqua. Il entra dans la pièce et s'installa sur sa chaise habituelle.

    — Grouille-toi, j'ai faim !

    En deux secondes, son assiette fut emplie de haricots verts et d'une côte de porc bien grillée, abondamment arrosée de jus fumant.

    — C'est tout ?

    Il attrapa le poignet de Cynthia qu'il broya de ses doigts épais.

    — Je t'ai déjà dit que j'aimais pas les légumes tout seuls. Me faut des patates pour pas crever de faim au boulot. Tu peux rentrer ça dans ta petite cervelle de moineau ?

    Il lui postillonnait au visage, en lui tordant le bras. Elle n'osait pas lever les yeux.

    — Mmm...

    — Qu'est-ce que tu dis ? Articule ! brailla-t-il en ricanant.

    — Y'en avait plus, bredouilla-t-elle.

    Elle tremblait, attendant la volée qui n'allait pas manquer d'arriver. Heureusement, des pleurs stridents retentirent. La libérant d'un mouvement sec, il lui ordonna :

    — Va t'occuper de la pisseuse. Je veux pas l'entendre brailler.

    Sans demander son reste, Cynthia s'éclipsa dans la cuisine, où le biberon refroidissait. Elle s'en saisit et rejoignit la chambre. Madison hurlait, assise dans son lit, et lui tendit les bras en la voyant. 

    — Chut ! Allez, bois vite et surtout arrête de pleurer sinon ton père va se fâcher.

     

    En quelques minutes, le biberon fut vide, le rôt évacué et l'enfant recouchée. Cynthia tendit l'oreille vers le séjour. Aucun bruit. C'était mauvais signe. Elle le trouva assis là où elle l'avait laissé, attablé devant un camembert coulant qu'il massacrait à grands coups d'opinel avant de l'enfourner dans sa bouche pâteuse. Il éructa bruyamment.

    — Bon, tu me fais un café, et puis on passe au dessert, lui lança-t-il en souriant d'un air lubrique. 

    Elle se doutait que ça finirait par arriver. Ça faisait trop longtemps qu'il ne l'avait plus touchée. Depuis la naissance de Madison, il l'avait laissée tranquille, mais ça ne pouvait plus durer. Elle voyait bien la façon dont il la regardait depuis quelques jours. Comme une bête. La peur lui vrilla l'estomac. Elle agit alors comme un pantin désarticulé, simple objet de convoitise, sans volonté propre. Elle ne pouvait rien faire contre lui. Elle le savait. Elle était sa chose. Parce qu'elle l'avait voulu.

     

    Le bruit de la mobylette qui s'éloignait fut pour la jeune femme un immense soulagement. C'était fini. Elle se traina jusqu'à la salle de bain où elle constata l'étendue des dégâts : les marques sur son corps, le sang, la brûlure, son visage tuméfié. Assise sur les toilettes, elle se mit à pleurer doucement.

    La sonnerie stridente du téléphone la sortit de sa torpeur. Elle se leva malgré tout, les jambes flageolantes. Répondre était au-dessus de ses forces. Elle ne quittait pas son image dans le miroir, dévastée par ce qu'elle voyait. Le bruit cessa. Elle s'aspergea le visage d'eau et s'essuya. Elle allait appliquer de la crème à l'arnica sur sa joue quand la sonnerie retentit à nouveau. Saisie d'un mauvais pressentiment, elle se précipita vers l'appareil.

    — Bonjour madame, vous êtes bien la maman de Dylan ? Je m'appelle Albert. Je suis chauffeur de bus. Il y a eu un petit incident ce matin. Je vais vous expliquer.

    La jeune femme sentit qu'elle pouvait faire confiance à cet homme : il avait la voix basse et douce d'un grand-père.

     

    A deux kilomètres de là, au même instant, un jeune automobiliste perdit le contrôle de son véhicule. Ébloui par un flash de lumière multicolore, il grilla la priorité et percuta la mobylette rouge qui arrivait sur sa droite. Le choc fit voler dans les airs le corps du conducteur qui atterrit sur le capot de la voiture avant de rouler au sol.

     


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  • Après une semaine bien chargée qui ne m'a pas laissé le temps d'écrire, je reprends enfin l'histoire de Dylan. Le premier épisode est ici. Ce sont des premiers jets, écrits chacun en une seule séance, donc soyez indulgents sur le choix des mots et les éventuelles erreurs d'orthographe. Merci. 

     

    Quand Dylan ouvrit les yeux, il était sur un nuage : sa tête reposait sur un oreiller bleu ciel et son corps s'enfonçait dans un lit moelleux qui sentait bon la lessive. Il allait bouger pour se tourner sur le côté, quand il entendit des voix dans la pièce adjacente.

    — S'il te plait, Albert. Laisse-lui au moins le temps de se réveiller.

    — Tu sais bien qu'on n'a pas le droit de le garder ici.

    — Juste quelques heures. Ses parents le croient à l'école, de toute façon.

    Dylan regarda autour de lui. La chambre comportait de vieux meubles en bois foncé, un gros tapis, et il y avait du papier rose sur les murs. La dame se remit à parler doucement :

    — Je t'en prie. Juste quelques heures.

    — Bon, on appellera cet après-midi. Mais je ne suis pas sûr que ce soit une bonne chose, ni pour lui, ni pour toi. Tu es si fragile.

    — Ne t'inquiète pas pour moi. Mon cœur a de l'amour à revendre depuis Gilles. Et ce petit lui ressemble tant !

    — Je me demande d'ailleurs comment il s'appelle.

    A ces mots, la porte s'entrouvrit. Dylan ferma vite les yeux. Il entendit des pas feutrés sur le tapis, puis il sentit une main douce et chaude se poser sur son front. Une odeur fraiche et fleurie envahit la pièce.

    — On dirait que la fièvre a baissé.

    A l'extérieur, une série d'aboiements furieux se fit entendre. Albert poussa un juron et sortit voir ce que le chien avait débusqué.

    La dame se leva et s'éloigna du lit pour aller regarder par la fenêtre. Dylan en profita pour ouvrir les yeux et la détailler. Elle n'était pas très grande. Ses cheveux blonds et bouclés comme ceux d'une princesse tombaient sur ses épaules rondes. Elle portait une jolie robe à fleurs.

    Elle revint vers Dylan et constata qu'il était éveillé.

    — Bonjour, comment t'appelles-tu ?

    Il lui répondit d'une voix timide.

    — Tu es tombé dans la forêt, tu te souviens ? Repose-toi. Je vais préparer un bon repas qui te redonnera des forces.

    Elle le regardait avec des yeux comme il n'en avait jamais vus. Elle ajouta en souriant :

    — Je suis sûre que tu aimes la purée.

    Il acquiesça. Après avoir caressé sa joue d'un geste tendre, elle sortit de la chambre.

    Dylan se redressa, comme piqué par une aiguille. Assis au bord du lit, il réfléchit vite. Il devait partir avant qu'ils n'appellent ses parents. Si son père apprenait qu'il avait raté l'école, il allait se prendre une rouste. Il chercha ses vêtements du regard. Rien ! Il était en slip et tee-shirt. Et puis, il y avait le chien qui aboyait dehors. Il devait être gros. Et méchant.

    Découragé, brûlant de fièvre, l'enfant s'affala sur le lit, en sanglotant. Sa tête tournait, sa cheville le lançait et son estomac criait famine. Il avisa un verre d'eau près du lit et l'avala d'un trait. Maintenant, il n'avait plus qu'une chose à faire : attendre le repas. Il se recoucha.

    Il sentait une présence, comme si on l'espionnait. Mais il n'y avait plus personne dans la chambre. Avant de sombrer dans un sommeil fiévreux, il vit une volute de vapeur multicolore s'envoler dehors, au coin de la fenêtre.

     


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