• Réflexion : transhumance(s)

    Quelques mots, une réflexion personnelle sur le logement, les objets qui nous entourent et nos pratiques numériques... des sujets simples, qui nous concernent tous.

     

     Image : Erda Estremera sur Unsplash

    Acheter une maison

    Ce déménagement ne sera certainement pas le dernier. Mais qui peut dire quand aura lieu le suivant ? Pas avant seize ans, je l'espère. En 2034, donc. Il me semble parfois que la vie est faite de cycles. Seize ans, est-ce quatre cycles de quatre ans ? Nous verrons. Ce qui est certain, c'est que nous aurons bientôt un crédit immobilier à rembourser, un fil à la patte pour les seize prochaines années. Comme je l'avais déjà évoqué dans ce poème, nous avons pris une grande décision : mon compagnon et moi allons devenir propriétaires.

    Acheter une maison, c'est se mettre un fil à la patte, donc. Est-ce un choix délibéré : se lier pour ne plus être tenté de s'envoler ? C'est en tous cas un choix difficile à faire pour toute personne qui, comme moi, est adepte de la liberté. Il faut accepter de s'enraciner, de poser ses valises, de signer un contrat à durée indéterminée avec cette bâtisse qui va nous abriter.

    Acquérir un bien immobilier. Tout est dit dans ces deux mots : BIEN IMMOBILIER. Oui, c'est bien. Cela ne peut être que bien, puisqu'une majorité de gens rêvent de devenir propriétaires. C'est bien... et ça ne bouge pas. Immobilier sonne comme immobile, immobilisé, pour un esprit comme le mien qui craint de vivre enchaîné.

     

    S'engager

    Et pourtant... Malgré une première expérience douloureuse, je suis à nouveau en train d'acheter une maison. J'ai du mal à y croire. Mes proches le savent : j'ai maintes fois répété que je voulais rester locataire. J'aime la mobilité de la location. Elle me rassure. Déliée de toute attache foncière, je peux partir si je le souhaite, à tout moment. Il suffit de trouver un autre logement, de louer un camion, d'y entasser mes maigres affaires et je peux bouger, aller vivre ailleurs, au prix d'un petit effort financier. Mais que représentent une caution et des frais de bail, comparés aux milliers d'euros qu'il faut investir pour acheter un "bien immobilier" ?

    Devenir propriétaire, c'est s'engager. Ai-je peur de m'engager ? Oui, certainement. Le candidat à la propriété s'engage dans un projet de vie et cherche avec ardeur et espoir le logement qui répondra à ses besoins, actuels et futurs. Ce jeune couple qui s'installe choisira un appartement dans une ville bien desservie, cette famille qui souhaite s'agrandir optera pour une maison avec une ou plusieurs chambres supplémentaires, ce couple plus âgé préférera une demeure fonctionnelle de taille raisonnable, ne demandant pas trop d'entretien.

    Au moment de signer l'acte, ce document qualifié d'authentique (adjectif pompeux qui rend l'autographe encore plus solennel), au moment de signer l'acte, donc, ils penseront à ce qu'ils vont vivre là, sous ce toit. Les mois et les années qui s'y écouleront seront-ils paisibles et heureux ? Ou leur apporteront-ils troubles et peines ? Cette idée est balayée d'un revers de main. Pensons au présent, au bonheur de devenir propriétaires, à la joie d'être enfin "chez soi".

    Acheter une maison, c'est prendre un risque. Alors j'ai longtemps hésité. Mon premier achat, qu'il serait trop long de raconter ici, est associé à des souvenirs douloureux. Ce projet, qui devait s'étaler sur quatorze ans de crédit et se poursuivre au-delà, a avorté au bout de quarante-huit mois. Tiens, quatre ans, justement. Étrange coïncidence. Il y a des cycles, vous dis-je.

     

    Déménager

    Ce déménagement-là a eu lieu en 2009. C'était le huitième depuis que j'avais quitté le domicile parental pour aller faire mes études. Aujourd'hui, je m'apprête à déménager à nouveau. Pour la quinzième fois. Pour m'installer dans une maison qui restera, je l'espère, ma demeure jusqu'à la retraite, si des soucis de santé ou des circonstances graves ne m'obligent pas à la quitter.

    À l'heure actuelle, quelques semaines avant cette ultime transhumance, je suis en plein rangement. Et j'avoue que cela ne me déplaît guère. L'avantage, quand on déménage souvent, c'est que l'on accumule peu. Au fil des années, au gré des tris successifs, on possède de moins en moins d'objets. On s'allège. On se libère des éléments matériels, qui n'apportent rien et qui pèsent bien lourd quand il faut les transporter d'un logement à l'autre. Sans parler du temps nécessaire pour tout mettre en carton, et du fastidieux déballage qui s'en suit.

     

    Désencombrer

    L'expérience m'a appris que les objets sont aussi un poids pour l'inconscient. Chaque souvenir apporte une charge mentale que chacun est libre d'accepter. Ou de refuser. Cette table héritée de votre grand-mère vous plaît-elle vraiment ? Ce saladier au décor fleuri sort-il parfois du placard où vous l'avez caché ? Allez-vous conserver toute votre vie ce souvenir hideux des premières vacances avec votre ex ?

    Les livres, sites et vidéos sur le désencombrement se multiplient. Ils conseillent souvent de ne garder que les objets qui évoquent des souvenirs heureux. Et de se libérer de tous ceux qui n'ont pas été utilisés depuis deux ans. C'est facile, quand on déménage souvent : on repère vite ce qui n'a pas bougé depuis notre arrivée, ce qui surcharge les placards, ce qui est resté emballé dans les cartons ou tapi au fond d'une étagère. On peut choisir de tout conserver – après tout, ça peut toujours servir – ou réussir enfin à s'en séparer.

    Au début, il faut se forcer un peu pour se lancer dans le désencombrement de son logement, mais le bénéfice est immense et on y prend vite goût. Vous hésitez encore ? Essayez de vous fixer un objectif raisonnable : trier ce tiroir ou vider ce placard. Prenez le temps d'observer tout ce que vous y avez accumulé. Choisissez de garder ou de céder (vendre, donner, jeter). Et constatez ensuite les progrès réalisés.

     

    Aller encore plus loin

    Il y a une autre forme d'encombrement, plus subtile, presque invisible : l'encombrement numérique. Combien de comptes avez-vous créés sur des sites de vente en ligne ? Combien de messages dorment dans vos multiples boites mail ? Que recèlent les entrailles de votre ordinateur ? Vos supports de stockage (disques durs, clés USB...) sont-ils bien organisés ? Quel volume d'information avez-vous déposé sur un "nuage" ou dans un coffre-fort numérique ?

    Alors, cet été, je me suis lancé un défi : tout réorganiser, trier, alléger. J'ai commencé par les boites mail. Créer une nouvelle adresse mail écologique a été le premier pas. J'ai découvert ecomail, initiative intéressante d'un informaticien français pour tenter de limiter l'impact de nos usages numériques. Je vais veiller désormais à trier mes mails régulièrement, à supprimer ceux qui ne servent plus, à archiver les autres en les copiant dans des fichiers textes ou en les stockant au format pdf. Finis les multiples dossiers dans Thunderbird (logiciel de messagerie).

    Nouvelle adresse mail implique comptes à mettre à jour. Il faut tout transférer. J'ai donc fait le tour de tous les sites sur lesquels j'avais un espace client, en repartant du listing que je conserve et actualise régulièrement sur un document texte. C'est impressionnant le nombre de sites que cela représente ! Plus de soixante en ce qui me concerne... et après un sérieux dégraissage.

    Quand il faut se connecter à chacun de ces sites, modifier l'adresse mail dans le profil, voire demander la suppression du compte si on estime qu'il n'est plus utile, c'est le parcours du combattant. C'est difficile, long, fastidieux, je le reconnais. Mais c'est aussi un grand pas vers une réelle prise de conscience. Ai-je besoin d'aller sur tous ces sites ? À quoi me servent vraiment les cartes de fidélité (pour tout vous dire, je n'en avais que deux, dont je viens de me séparer en demandant ma radiation) ? Quelles informations ces marchands possèdent-ils sur moi ? Sur un de ces sites que j'utilise régulièrement, mon historique de commande remontait à 2002. J'ai supprimé mon compte pour en recréer un autre. Nouveau profil, nouvelle identité, nouveau départ.

    Je vais poursuivre mon tri sur l'ordinateur, ranger le disque dur, archiver correctement les multiples photos qui s'y sont accumulées et supprimer les fichiers que je n'utilise plus. Mes centres d'intérêt évoluent, mon environnement numérique doit suivre cette tendance.

    Et vous, avez-vous souvent déménagé ? Aimez-vous faire du tri ? Réfléchissez-vous à l'impact de vos pratiques de consommation et de votre usage du numérique ? Accepteriez-vous de payer pour utiliser une boite ecomail et soutenir des projets ?

     

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  • Commentaires

    1
    Lundi 23 Juillet à 10:17
    Lynda

    Je te souhaite une très bonne transhumance ! C'est rigolo car de mon côté après 15 ans dans une maison que nous avons rénové à la campagne (il nous reste encore 5 ans de prêt à rembourser), nous sommes en train d'acquérir un autre terrain pour construire (près de la mer) pour nos "vieux jours"... Comme tu dis il y a des cycles, et comme quoi, même si on s'engage pour longtemps, rien n'est gravé dans le marbre : en achetant il y a 15 ans on savait qu'on ne resterait pas là jusqu'à la retraite.

    Pour le désencombrement numérique, je suis dedans aussi, en ce moment je me désabonne systématiquement des newsletters que je ne lis pas. ça fait du bien ! Mon ordi n'est pas très encombré car je suis une rangeuse compulsive. Mais les déménagements ça fait du bien aussi pour ça : le tri !

    Bon courage :)

      • Lundi 23 Juillet à 11:32

        Merci Lynda pour ces encouragements. Et bon courage à toi aussi : faire construire est un projet ambitieux et trop risqué à mes yeux. J'avais lu ton article sur le rangement et constaté que tu es, en effet, une perle en ce domaine.

        Je suis passée de 5 boîtes mail à 3 seulement (je ne voulais plus de gmail, alors j'ai créé un compte Google tout neuf associé à ma nouvelle adresse ecomail). Pour suivre l'actualité des blogs que j'apprécie, j'ai abandonné les newsletters au profit des flux RSS. C'est vrai que ça fait du bien. yes

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