• Photographies

    A tous ceux qui souffrent, même l'été.

     

    C'était le jour de mes 31 ans. Vous étiez beaux, gais, innocents. Les roses que vous étiez allé acheter chez le fleuriste avec votre papa ornaient le centre de la table. Elles étaient rouges, couleur du bonheur.

    Quand j'ai soufflé les bougies plantées sur la tarte aux pommes, mon dessert préféré, vous étiez près de moi. Vos petites bouches aux dents de lait se sont arrondies pour m'aider. Ensemble, nous y avons mis du cœur et nous avons éteint les flammes. En souriant, nous avons posé pour la photo, pour fixer à jamais ces instants de complicité.

    J'étais heureuse en ce jour d'anniversaire. Vous étiez nés, vous étiez là. Mes amours que j'avais tant désirés, mes enfants que j'aime tant.

    Pourtant...

     

    Pourtant, dans mon regard, un voile presque imperceptible s'était glissé. La maladie, sournoise, me rongeait en silence et j'allais bientôt en découvrir les signes alarmants. Fatigue, manque d'entrain et autres difficultés que je préfère aujourd'hui ne plus évoquer. Quelques mois plus tard, j'allais vous abandonner. Trois jours interminables, pour me faire opérer. Le trajet vers la clinique m'a déchiré le cœur, cette séparation ne s'est pas faite sans pleurs. Quand je suis revenue, je vous ai serrés fort. Vous m'aviez tant manqué dans ce monde aseptisé.

    Ces photos-là aussi, je les ai retrouvées. J'étais maigre, affaiblie, pareille à un fantôme. Je n'avais plus de force, le moral à zéro, les idées noires, cafard, cernes et teint blafard. C'était l'été et, en vêtements légers, j'ai dû affronter les regards. Nous étions alors dans le Val de Loire. Telle une ombre, je marchais sur les sites historiques, parmi les vacanciers qui me dévisageaient. Je me souviens du château de Chinon, cette photo de vous trois, chevauchant un canon. Que faisait ce pansement sur mon cou décharné ? Les touristes chuchotaient en me voyant passer. Une fois les soins terminés, j'ai porté un foulard léger pour ne pas exposer la fragile cicatrice aux ardents rayons du soleil.

    Les vacances ont été différentes cette année-là. L'infirmière venait chaque jour pour refaire le pansement. Je souffrais malgré les sédatifs. Les hormones libérées dans mon corps lors de l'opération furent longues à éliminer. Elles me terrassaient, m'épuisaient. Je passais de longues heures à dormir pour me reposer. Chaque geste me demandait des efforts. Assise dans l'herbe du jardin, je n'avais d'autre activité que de vous regarder jouer. J'ai mis du temps à reprendre des forces, à retrouver l'appétit et le goût de vivre.

    Il a fallu plusieurs mois pour que ma santé se stabilise. Vos rires, vos regards, vos câlins m'ont aidée. Vous étiez des enfants, insouciants et heureux. J'étais votre maman et enfin j'allais mieux.

    Trier les photos aujourd'hui a été difficile. Des années ont passé mais les images ne mentent pas. On y lit la souffrance, l'épuisement, la douleur... mais aussi tout l'amour de vos trois petits cœurs.

     
    Photo de Rachel Walker sur Unsplash
     
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