• Lisa : chapitre 9

    Comme promis (à la fin de cet article), voici une scène dialoguée...

    Cet extrait est actuellement le chapitre 9 de Lisa. La jeune femme a bien avancé dans le rangement de son appartement et s'apprête à participer à un vide-grenier.

    * * *

     

    Ce soir-là, Lisa sortit du bureau en bavardant avec deux collègues. Ils restèrent quelques minutes sur le trottoir à discuter au soleil puis Roxane partit chercher son fils à la crèche.

    Antoine n'avait pas envie de rentrer chez lui. Il voulait savourer encore un peu cette belle journée de printemps.

    — Tu as quelque chose de prévu, là tout de suite ? demanda-t-il à Lisa.

    — Non. Personne ne m'attend.

    — Ça te dirait d'aller boire un verre ? J'aimerais te faire découvrir un endroit qui vient d'ouvrir.

    Lisa n'avait pas pour habitude de fréquenter ses collègues en dehors du bureau. Elle accepta pourtant l'invitation d'Antoine et le suivit.

    Leurs pas les menèrent devant une vitrine flambant neuve. La décoration aux teintes vert anis et prune était rafraîchissante. Elle faisait penser à celle d'un fleuriste. D'ailleurs, de grandes plantes vertes étalaient leurs feuilles dans les angles de la pièce et donnaient à l'endroit un aspect insolite et reposant.

    — Je connais le propriétaire, précisa Antoine en s'installant sur une banquette.

    — C'est un ami à toi ?

    — Pas tout à fait. C'est un ami de ma sœur aînée. Ils se sont connus à la fac. Il a travaillé quelques années dans un cabinet d'assurance. Il y a deux ans, il en a eu marre : il a démissionné et s'est reconverti.

    — C'est un parcours original, remarqua Lisa.

    Le serveur s'approcha en souriant. Lisa le reconnut immédiatement.

    — Bonjour, Célestin, lui dit Antoine.

    Célestin avait toujours son sourire et son air décontracté. Il échangea quelques mots avec Antoine avant de prendre leur commande. Lisa le regarda s'éloigner vers le bar et interrogea son collègue :

    — Je ne comprends pas. C'est lui le propriétaire ?

    — Oui. Célestin a racheté ce lieu il y a quelques mois et gère seul son affaire. Il a une amie qui vient l'aider de temps en temps à titre bénévole. Il ne peut pas la payer pour l'instant.

    Quand il revint avec deux tasses de café, Lisa lui jeta un regard timide. Elle était intriguée par cette reconversion mais n'osait pas poser de questions.

    — Hum, ça sent bon. J'ai faim, dit-elle à Antoine. On n'a même pas eu le temps de manger ce midi.

    Célestin se permit d'intervenir en s'adressant à la jeune femme :

    — Je n'ai rien à vous proposer malheureusement. La boulangerie voisine nous fournit les croissants le matin. Mais à cette heure-ci, je n'en ai plus. Voulez-vous que j'aille vous en chercher un ? Ils sont délicieux.

    — Je ne veux pas vous déranger, lui répondit-elle.

    — Je vais y aller, assura Antoine en se levant. Ne bouge pas, Lisa.

    Il s'éclipsa. Célestin, resté seul avec la jeune fille, la détailla. Elle était plutôt mignonne avec ses grands yeux et ses longs cheveux noués en une coiffure sage. Il trouva cependant que ses vêtements étaient trop classiques et manquaient de gaieté. Un peu de couleur éclairerait sûrement son visage et la rendrait plus attirante. Prenant conscience du silence qui s'était installé, il lui demanda :

    — Vous connaissez bien Antoine ?

    — C'est un collègue, répondit Lisa, gênée.

    Célestin lui souriait. Elle se recroquevilla sur sa chaise, ne sachant plus où se mettre. Elle aurait aimé se cacher comme une souris dans son trou. Elle était toujours mal à l'aise quand un homme la fixait trop intensément.

    Célestin s'éclipsa en voyant Antoine revenir, arborant fièrement un sachet en papier d'où il sortit quatre gros croissants au beurre. Il en offrit deux à Lisa, qui les dévora littéralement en quelques secondes. Elle s'aperçut bientôt que son collègue la fixait d'un air malicieux. Il n'avait pas encore commencé à manger. Son geste s'était interrompu et il était resté là, un croissant devant la bouche, à la regarder manger, étonné et amusé :

    — Je ne pensais pas qu'une femme aussi mince pouvait avoir un tel appétit !

    Honteuse, Lisa baissa la tête en rougissant. Elle était si affamée qu'elle s'était jetée sur les viennoiseries sans même le remercier. Elle s'excusa :

    — Je suis désolée. Je mourais de faim, vraiment. Merci beaucoup, Antoine.

    Il rit.

    — Au moins, je vois que je t'ai fait plaisir. As-tu assez mangé ou veux-tu que je retourne en chercher d'autres ?

    — Ça va aller, merci. Je ne voudrais pas que tu penses que j'abuse de ta gentillesse.

    — Ce n'est rien. Au contraire : je suis heureux de pouvoir être utile à quelqu'un.

    — Pourquoi dis-tu cela ? interrogea Lisa.

    Elle regretta immédiatement d'avoir posé cette question. Le visage qui lui faisait face, heureux et souriant quelques minutes plus tôt, venait de se refermer d'un coup, comme une huître.

    — Que se passe-t-il, Antoine ?

    Elle mit la main sur son avant-bras qui était posé sur la table. Elle se surprit elle-même en faisant ce geste, elle qui n'aimait pas les contacts. Elle retira sa main doucement. Perdu dans ses pensées, il semblait n'avoir rien remarqué.

    — Je ne sais pas si je dois t'en parler. Je ne veux pas t'embêter avec mes problèmes. Et puis, nous n'évoquons jamais nos vies privées, entre collègues, et c'est peut-être mieux ainsi.

    — Comme tu veux. Mais si tu as besoin, je suis là, lui assura Lisa.

    Avant qu'une gêne ne s'installe entre eux, il lui demanda si elle avait des rêves ou des projets dans la vie. Il avait tiré un fil ; la pelote se déroula. Elle lui dit tout : son appartement dont elle ne supportait plus le désordre, cet article lu chez la coiffeuse, son projet de désencombrement, son amie Marie devenue coach, les objets de sa grand-mère, ses ventes et dons par les sites de petites annonces, le vide-grenier qu'elle ferait le dimanche suivant.

    — Tu veux un coup de main ? proposa Antoine.

    — Euh... je ne sais pas. Je ne vais pas te faire venir un dimanche à sept heures du matin pour transporter tout mon bazar et m'aider à monter le stand, quand même ?

    — Pourquoi pas ? Je ne dors pas beaucoup, depuis quelques temps. Je préfère voir du monde et me sentir utile plutôt que de rester seul chez moi à ruminer.

    Lisa était étonnée. Elle avait toujours cru qu'Antoine vivait en couple. Elle avait entendu dire que sa femme et lui essayaient d'avoir un enfant. Elle ne comprenait plus rien, mais n'osa pas poser de questions, de peur d'être maladroite.

    Ils se donnèrent rendez-vous le dimanche matin en bas de chez elle. Antoine avait un véhicule plus grand que le sien et acceptait de l'utiliser pour le transport, ce qui leur permettrait peut-être de ne faire qu'un seul voyage. Il lui dit qu'il apporterait des tréteaux et des planches pour aménager le stand. De son côté, elle se chargeait de trouver des draps ou des nappes pour recouvrir le tout.

    — Avec une telle organisation, mon stand va être tip-top, s'enthousiasma Lisa. Je vais me débarrasser de tout ce que j'ai à vendre, c'est sûr !

    Elle était radieuse.

    Antoine s'étonna de la trouver jolie.

     

    « Tout simplementHarris Burdick »

    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :