• Fables et textes courts

    J'aime écrire des fables, m'amuser à faire rimer les mots, trouver la bonne formule, respecter le nombre de pieds dans chaque vers, compter les syllabes.

    C'est un jeu, une musique.

    N'hésitez pas à lire mes fables à voix haute pour en apprécier toutes les sonorités.

     

    J'écris également des textes courts, fictifs ou autobiographiques.

    Certains d'entre eux sont publiés en ligne sur le site Short Edition.

     

  • Nino pleure est le titre du texte que je viens d'envoyer à Short Edition pour le Grand Prix Hiver 2018. Dès validation, il sera publié dans la catégorie TTC (Très Très Court = texte de 6 000 caractères maximum / 3 minutes de lecture).

     

     

    — Quel trésor ! Il a les beaux yeux bleus de son papa, non ?

    Camille ne dit rien. Le jeu des ressemblances, maintenant. Il ne manquait plus que ça !

    Xavier répond :

    — Si on le laissait se reposer ? Tu veux un café, maman ?

    Ils sortent de la chambre. Avant de les suivre, Camille jette un bref regard au bébé qui gigote calmement dans son berceau. Elle n'a pas prononcé une seule parole mais nul ne semble avoir remarqué son mutisme. Aucune émotion ne se lit sur son visage pâle, chiffonné. Oubliée la femme enceinte épanouie que l'on complimentait pour sa bonne mine.

    ***

    La tasse à la main, l'auriculaire dressé, la mère de Xavier raconte sa dernière virée shopping.

    — J'ai repéré une grenouillère rayée à col marin. A-do-rable ! Il met du 3 mois, n'est-ce pas ?

    — Maman, tu...

    — Ne t'inquiète pas, mon chéri, ça me fait plaisir.

    Nino pleure. Camille se lève comme une automate.

    — Voulez-vous que j'aille le chercher ? lui propose sa belle-mère.

    — Non, merci. Je dois l'allaiter. Vous ne pouvez pas le faire à ma place, il me semble.

    Elle monte, laissant Xavier apaiser sa mère outragée.

    — Essaie de la comprendre, maman, elle vient d'accoucher.

    ***

    Dans la chambre, les cris aigus déchirent l'air, où flottent de lourds effluves de parfum féminin. Camille prend le nourrisson dans ses bras, ouvre la fenêtre et scrute la rue en bas : la boulangerie, le bar, la supérette... Non, il ne faut pas.

    [...]

     

    La suite, bientôt, sur Short Edition.

     


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  • Quelques mots, une réflexion personnelle sur le logement, les objets qui nous entourent et nos pratiques numériques... des sujets simples, qui nous concernent tous.

     

     Image : Erda Estremera sur Unsplash

    Acheter une maison

    Ce déménagement ne sera certainement pas le dernier. Mais qui peut dire quand aura lieu le suivant ? Pas avant seize ans, je l'espère. En 2034, donc. Il me semble parfois que la vie est faite de cycles. Seize ans, est-ce quatre cycles de quatre ans ? Nous verrons. Ce qui est certain, c'est que nous aurons bientôt un crédit immobilier à rembourser, un fil à la patte pour les seize prochaines années. Comme je l'avais déjà évoqué dans ce poème, nous avons pris une grande décision : mon compagnon et moi allons devenir propriétaires.

    Acheter une maison, c'est se mettre un fil à la patte, donc. Est-ce un choix délibéré : se lier pour ne plus être tenté de s'envoler ? C'est en tous cas un choix difficile à faire pour toute personne qui, comme moi, est adepte de la liberté. Il faut accepter de s'enraciner, de poser ses valises, de signer un contrat à durée indéterminée avec cette bâtisse qui va nous abriter.

    Lire la suite...


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    — Je te laisse quelques instants, ma puce. Je vais préparer ton café.

    Elle s'éclipsa vers la petite cuisine de son deux-pièces. Restée seule, j'observais la tapisserie fanée, les meubles bien cirés et les pâles photos du passé. Ce salon était un sanctuaire, où jamais rien ne bougeait. Je m'y sentais en sécurité.

    Ma grand-mère revint bientôt, courbée sur une tasse fumante qu'elle posa sur la table. [...]

    _____

    Édition du 4 août 2018

    Ce texte court, initialement publié sur le blog, a été sélectionné par Short Édition pour le Grand Prix du Court Automne 2018.

    Vous pouvez désormais le lire ici : Un café sans sucre

    Image : Ella Jardmin sur Unsplash

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    Pour lire une autre micronouvelle, cliquez ici

     

     


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    Le loup et la brebis

     

    Dans un vaste pré couvert de rosée

    Des moutons gourmands broutaient l'herbe verte

    Sous l’œil fatigué d'un chien de berger

    Qui surveillait peu la prairie ouverte.

     

    Tapi dans l'ombre du bois à cent mètres

    Un loup derrière un tronc dissimulé

    Observait avec un vif intérêt

    Les ovidés fort occupés à paître.

     

    Une brebis du troupeau s'écarta

    Et du loup naïvement approcha.

    Sous le regard luisant de convoitise

    Elle marmonna contre sa bêtise.

    Le prédateur la fixait, immobile,

    Laissant le désir doucement monter.

    — Messire, allez-vous bientôt me manger ?

    Balbutia l'égarée fort docile.

     

    —  Messire, dis-tu ? rit le prédateur

    Tu parles bien et cela est flatteur.

    Je te laisserai poursuivre ta vie

    Si tu berces à nouveau mon ouïe.

    — Comme il vous plaira, joli damoiseau

    Vous trouverez là, dans ce grand troupeau

    La viande tendre de doux agnelets

    Pour ravir votre délicat palais.

     

    Le loup silencieux, la détaillant,

    S'attarda sur ses courbes longuement.

    Puis il ajouta l'air intéressé :

    - Je n'apprécie pas les agneaux de lait.

    Ma préférence, j'ose l'avouer,

    Est pour les fessiers bien développés.

    Tourne-toi donc pour que je vérifie

    Tes jambons qui me semblent bien petits.

     

    La brebis fit volte-face et s'enfuit

    Sans se retourner, loin de l'ennemi.

    Il la regarda partir sans regret

    Jugeant son postérieur maigrelet.

     

    Lorsque son estomac lui rappela

    Que venait de s'échapper son repas

    Il se jura de toujours dévorer

    Toutes les proies sans les évaluer.

     

     

    Moralité

    Mieux vaut saisir les opportunités

    Qui se présentent à soi le matin,

    Plutôt que d'espérer des qualités

    Qui charment l'œil mais ne nourrissent point.

     

    Image : Josh Felise sur Unsplash

     

     


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    14 février, 2h45

    Insomnie. Cette date me déprime. Aux journées d'inactivité, il faut maintenant ajouter les nuits sans sommeil. Impossible de dormir tant ça cogite dans ma tête. Ce que je craignais est arrivé. Je suis seul pour la Saint-Valentin.
    Ce n'est pas encore cette année que je vivrai une grande soirée romantique. Nous en avions parlé avec Axelle. Nous avions rêvé d'un dîner en tête-à-tête dans un restaurant trois étoiles, d'un fondant au chocolat épicé, d'une balade en amoureux sur la plage, main dans la main. Les vagues auraient salué nos pas. En quelques bonds, ma fiancée aurait pris le large pour virevolter devant moi. J'aurais admiré sa longue silhouette fine dansant sur le sable, cheveux au vent. Vive et pleine d'entrain, libre et imprévisible, comme toujours. Puis elle se serait réfugiée dans mes bras, les joues rougies par le froid, le visage illuminé par un de ces sourires taquins dont elle a le secret.
    C'est loupé. Pour cette fête des amoureux, je suis seul avec mon cafard. Bloqué ici, prisonnier de ma déveine. Les jours s'écoulent, mornes et monotones. Je deviens dingue sans adrénaline, sans action, sans Axelle.
    Cette pénitence prendra-t-elle bientôt fin ? Une mauvaise étoile, suspendue au-dessus de ma tête, s'obstine à me pourrir la vie. Mon père m'avait prévenu, mes potes mis en garde, mais je n'ai écouté personne et j'ai foncé droit devant moi. En plein dedans. Ça m'apprendra. Englué dans la pétole, auréolé de ma poisse légendaire, je croupis ici, impuissant. Mon voisin de galère a perdu la partie hier. Si près de la quille, c'est bête. Alors je m'accroche pour purger ma peine. Pas le choix.
    Mon quotidien, c'est d'attendre. Attendre l'heure du repas, le coucher du soleil. Espérer un appel pour tuer la solitude.
    De son côté, Axelle déprime et s'impatiente. Elle est trop fière pour l'avouer mais les fêlures de sa voix la trahissent. Ces failles me touchent et attisent mon envie de la revoir. Je veux respirer l'odeur de sa peau, goûter ses lèvres, plonger mon regard dans ses yeux azur. La serrer à nouveau contre mon torse et retrouver les formes de son corps. Je suis en manque. Cette journée va être la pire Saint-Valentin de ma vie, je le crains.
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    14 février, 12h10

    Le vent m'a réveillé à l'aube. Je m'étais endormi à la belle étoile. Lorsque le souffle tiède des alizés m'a caressé la joue, je me suis levé d'un bond, manquant de m'exploser le crâne contre la bôme. J'ai dansé comme un fou sur le pont. Puis j'ai hissé les voiles et mon bateau impatient a repris sa route. Le Pot-au-Noir n'est plus qu'un mauvais souvenir. Nous filons vers les Açores.
    Quand je l'ai appelée, Axelle a sauté de joie devant sa webcam. Dans ses yeux brillait une promesse : elle serait là pour m'accueillir à mon retour. Chaque seconde qui s'écoule désormais nous rapproche l'un de l'autre.
    Dernier au classement, peut-être. Le corps amaigri, les joues rongées de barbe, le visage buriné, sûrement. Mais je vais le boucler, ce tour du monde en solitaire. Pour elle.

     


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