• Dylan #5

    Trois longs doigts effilés se posèrent sur l'épaule de l'enfant. Ils formaient un triangle équilatéral parfait et se teintèrent d'azur au contact du sweat-shirt bleu. Après quelques secondes, le tripode se déplaça vers la poitrine. Nouveau contact, nouvelle auscultation. L'examen suivait un protocole précis : les points de contrôle étaient observés au millimètre près. Quand le sthétoscope arriva sur le nombril de Dylan, la forêt se mit à bruire.

    Alpha s'approcha du groupe en effervescence :

    — Que se passe-t-il ? L'humain s'est-il réveillé ?

    — Non. Mais son activité interne est fort active, lui répondit Oméga.

    — Poursuivez, ordonna Alpha.

    Le silence se fit à nouveau autour du petit humain. Les Zontanos étaient une dizaine à l'entourer, attendant le verdict. Sur les jambes, l'épaisseur du jean gêna la prise d'information. Sigma releva doucement le tissu. L'enfant s'agita à ce contact, battit des paupières et gémit. Psy s'approcha de son oreille et lui murmura quelques mots dans une langue aux sonorités douces et musicales. Dylan s'apaisa, sombra dans l'inconscience et se tourna sur le dos, ce qui facilita la mise à nue de ses mollets. Ils étaient parsemés de taches violacées plus ou moins vives, de traces verdâtres et de larges plaques jaunes. Pas un centimètre carré de peau n'était intact.

    L'auscultation se termina sur une malléole rouge et gonflée. La cheville était prise dans une racine et fut délicatement dégagée pour être reposée sur le sol gelé. Bêta se précipita pour aller chercher de la mousse fraiche sur une souche voisine. Il s'apprêtait à placer ce tampon moelleux sous la blessure quand un cri retentit :

    — Skylos !

    Tous les êtres s'évaporèrent dans la nature, ne laissant derrière eux que des volutes de vapeur multicolore qui se dissipèrent rapidement.

    — Sirius, pas si vite ! Attends-moi !

    La fuite de son chien et l'aboiement qui suivit firent comprendre à Albert qu'il touchait au but. Du moins, l'espérait-il. Il était essoufflé par cette promenade matinale dans la forêt. Une promenade au pas de course dont il se serait bien passé. S'il ne retrouvait pas l'enfant, ou s'il lui était arrivé quelque chose, il serait tenu pour responsable. Il tenta de chasser de son esprit toute pensée négative, mais la culpabilité revint le tarauder. Depuis dix ans, il en avait fait sa compagne d'infortune.

    Un nouvel aboiement lui fit relever la tête. A quelques mètres devant lui, sur le chemin en pente, il reconnut le pull bleu. Le corps gisait inanimé dans la brume. Le chien tournait autour avec une agitation inhabituelle, humant l'enfant à divers endroits et remuant la queue de manière frénétique.

    Qu'avait-il bien pu flairer ?

     

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