• Dylan #1 (premier jet)

    Petite séance d'écriture (quarante minutes ce matin, un bonheur rare). 

     

    Ce matin-là, quand Dylan est monté dans le bus, tout était comme d'habitude. Il avait attendu seul à l'arrêt, comme tous les jours. Il s'était engouffré dans l'habitacle bien chauffé en montant les trois marches. Il avait regardé Albert qui lui souriait avec son air gentil et il lui avait dit :

    — B'jour !

    Puis il était allé s'installer au fond, à l'avant-dernière banquette, à droite. Pour être bien caché. Ce siège était comme sa tanière du matin. Le soir, il restait à l'avant, parce que sinon les deux K l'embêtaient.

    Ce matin-là, quand Albert l'avait regardé en souriant, Dylan avait senti quelque chose au fond de lui. Il ne savait pas trop bien ce que c'était. Alors une fois assis, il se mit à penser à Albert. Il essayait d'imaginer sa vie de chauffeur de bus. Est-ce qu'il avait une femme qui l'attendait le soir en cuisinant un repas qui sent bon ? Est-ce qu'il avait des enfants ? Non, c'était impossible. Sinon il n'aurait pas été aussi gentil avec les enfants qui montaient dans son bus scolaire. Où habitait-il ? Dans une belle maison ? Dans un petit appartement ? Ça ne devait pas être très riche, un chauffeur de car.

    En réfléchissant à la vie d'Albert, Dylan regardait la campagne par la fenêtre. On allait bientôt passer devant la vieille chapelle abandonnée. Tout était blanc, à cause du... comment ça s'appelle déjà ? Il ne savait plus le mot. La maitresse essayait de leur apprendre de nouveaux mots, mais Dylan ne les retenait jamais.

    Ce qu'il connaissait par cœur, en revanche, c'étaient les insultes. Entre celles qu'il entendait à la maison et tout ce que lui disaient les autres en récré, il pouvait en réciter pendant des heures. Dommage que ça ne soit pas compté bon en poésie.

    Le bus s'arrêta. Des enfants montèrent et s'installèrent sur les sièges devant Dylan. Jamais aucun ne lui parlait ni ne venait s'assoir à côté de lui. Il avait l'habitude. Il préférait qu'ils l'oublient sinon ils l'auraient encore critiqué. « Tu pues », qu'ils disaient. Il répondait parfois « Non, je sens moi ! » parce que sa mère lui avait balancé : « T'as une odeur bien à toi, tu sens le Dydy, c'est marrant. » Le plus souvent, il rentrait la tête dans les épaules. On aurait dit une tortue qui se cachait dans sa carapace.

    Ce matin-là, il a regardé le paysage tout blanc. L'herbe verte avait du mal à percer la couche de ... Ah zut !

    Et puis il s'est endormi.

     

    « La biche et l'écureuilDylan #2 (premier jet) »

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :