• Auteur indé #2 : Cathy Borie

    Cathy Borie est une autrice talentueuse. 

    Après avoir remporté en avril 2017 le concours Draftquest / Librinova avec son roman Dans la chair des anges, elle a publié un nouveau livre : De la poussière et du vent.

    Je vous invite à découvrir ces deux récits, que j'ai beaucoup appréciés.

     


     

    Titre : Dans la chair des anges

    Auteur : Cathy Borie

    Auto-édition via Librinova - 30 juin 2017
    105 pages pour l'édition imprimée
     
     ♥ Coup de cœur ♥
     

    Présentation :

    Un jeune homme est retrouvé mort dans une clairière. A travers des personnages a priori sans rapports entre eux, des destins qui se juxtaposent, des histoires qui progressent à des rythmes divers, se tisse une toile mouvante et fragile, où Clémentine, jeune femme un peu étrange, apparaît comme le fil conducteur. Sa vie a priori banale dévoile peu à peu ses parts d’ombre, et ses interrogations finissent par trouver leurs réponses, et par éclairer en même temps la mort du jeune homme. Mais les anges rencontrés au fil de ce récit ont-ils leur place en ce monde ?


    Mon avis :

    La lecture de ce texte est rapide et agréable. L'auteur brosse une série de portraits. Ses personnages, attachants, complexes, se dévoilent peu à peu sous la plume, avec leur passé, leurs secrets de famille, leurs fêlures. Chacun va essayer de se découvrir, d'apprendre à se connaître. Clémentine, d'abord, cette jeune femme étrange, élevée par une mère étouffante. Qui est son père ? Quelle relation va-t-elle entretenir avec les hommes, elle qui n'a jamais réussi à s'intégrer dans un groupe ou à se faire des amis ? Pourquoi est-elle si différente, si fragile ?

    Elle va prendre son destin en mains et faire des rencontres qui vont l'aider à avancer dans la vie : Pablo le peintre qui cherche un modèle et Lisa sa femme qui sculpte la glaise, puis Fred. L'art est présent dans ce roman et j'ai aimé cela. La sensibilité des personnages au monde culturel, leur ouverture sur les émotions, leur présence, leurs regards.

    L'écriture de Cathy Borie est idéale pour brosser cette galerie de personnages : des phrases longues, bien construites, agréables à lire, qui créent un rythme doux et lent, comme une poésie. On se laisse bercer, emporter, charmer par ces mots qui nous poussent à nous interroger sur le bonheur, l'identité et la différence.

    Et puis il y a la construction de l’œuvre, avec un processus bien particulier (dont je ne dévoilerai pas le secret ici). La fin du récit nous révèle la clé de l'énigme et l'identité de cet homme retrouvé mort. Il a la fragilité des êtres exceptionnels, le visage d'un ange. Il m'a fait penser à Dorian Gray, l'éphèbe d'Oscar Wilde, dont le portrait conserve la jeunesse et la beauté.

    Cette lecture est un coup de cœur.


    Ma chronique complète, rédigée en juillet 2017, se trouve ici.

    * * *

     

    Titre : De la poussière et du vent

    Auteur : Cathy Borie

    Auto-édition via Librinova - 29 novembre 2017
    164 pages pour l'édition imprimée
     
    Présentation :
     
    Suite à la mort de sa grand-mère, Léa, jeune femme d'une vingtaine d'années, se penche avec sa mère sur le passé tumultueux d’Émilien, leur aïeul, après avoir retrouvé des cahiers et des objets lui ayant appartenu. Entre ces matériaux divers et les souvenirs qu'elles évoquent, les deux femmes reconstruisent pierre après pierre la vie de cet homme, leur père et grand-père, né en 1899  d'une fille-mère : ses années de déportation, ses rapports avec ses proches, mais aussi celle de sa famille et de ses descendants. Elles vont  s'apercevoir que les événements ne cessent de se répercuter en multiples échos entre les êtres par-delà le temps.  

    Mon avis :
     
    A travers l'histoire d'un homme, Émilien, et de sa fille, Mina, ce roman nous emmène à la rencontre d'une famille de Français ordinaires, au vingtième siècle. Les générations se succèdent et traversent le siècle : la déportation, la libération, les années cinquante, la menace de la guerre d'Algérie...
    Au fil des pages, Cathy Borie dresse le portrait d'hommes et de femmes attachants. C'est une valse d'événements et de sentiments dans laquelle on se laisse entraîner avec plaisir, bercé par l'écriture douce et ciselée de l'autrice.

    Si je n'ai pas retrouvé dans ce livre la magie du précédent Dans la chair des anges, j'ai apprécié cette lecture, qui est une belle page de vie. Certaines phrases sont sublimes et nous poussent à réfléchir.

    Le chapitre sur la déportation est celui qui m'a le plus touchée. Émilien subit l'enfer et survit à l'horreur des camps. L'auteur nous décrit sans voyeurisme, avec une grande pudeur, les conditions de vie de ces êtres à qui on avait retiré toute humanité. Rien que pour ces pages, ce livre mérite d'être lu.

    J'ai aimé également les pages sur la jeunesse de Mina, ses premiers émois, la découverte de l'autre. Puis les difficultés liées à la maternité.

     

    Pour apprécier l'écriture de Cathy Borie, voici quelques extraits :

    "Il prit plusieurs kilos, et les autres autour de lui oublièrent bientôt à quoi il avait ressemblé à son retour des camps.
    Pas lui. L'homme squelettique était toujours en lui. L'homme effrayé était en lui. Et l'homme affamé aussi. L'homme humilié. L'homme enfermé. L'homme frigorifié. L'homme couvert de poux et de vermine, celui qui gémissait de souffrance en transportant des briques du matin au soir. L'homme debout sur la place d'appel et qui soutenait son voisin mort. Ils étaient tous en lui et ne le laissaient pas en paix. Ils le hantaient. Ils l'appelaient la nuit et l'arrachaient au sommeil." 


    "Les mois passèrent, s'empilèrent comme des couches de terre sur le passé, le couvrirent sans l'effacer. Émilien s'acharnait à ajouter ces strates les unes aux autres, à les remplir de menues actions, à donner à tout ce présent fugace une épaisseur qui étoufferait les souvenirs tenaces."


    "Elle savait bien quels étaient les risques encourus, et à plusieurs reprises, elle avait murmuré :
    — Pas plus loin... pas plus loin...
    Mais ses bras qui enserraient Gaspard et son corps qui se collait à lui disaient tout le contraire, et ce fut lui qui dut résister pour ne pas succomber à ce qu'ils semblaient vouloir tous deux de toutes leurs forces.
    Et puis, ils finirent par se laisser aller, par combler ces vides qui soudain les déchiraient et se faisaient écho, et plus rien ne compta que cette rencontre charnelle, qui, toute matérielle qu'elle fût, éveillait pourtant des feux d'artifice au centre même de leurs âmes, illuminait leurs yeux, et les laissa ensuite aussi paisibles que des barques flottant sur un lac."


    "Elle aspira une grande goulée d'air avant de se laisser couler, sans presque aucun espoir de revoir la lumière du monde après sa déclaration.
    — Je suis enceinte."

    * * *

    Retrouvez Cathy Borie sur sa page auteur Amazon et sur Facebook.

    L'un de ses livres, La nuit des éventails, est publié aux éditions de la Rémanence et elle vient de signer un contrat avec Carnets Nord pour son roman Dans la chair des anges.

     

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    Vous pouvez explorer l'univers de Bouffanges (article "Auteur indé #1" de juillet 2017), lire l'Indé Panda n°5 ou cliquer sur Indés dans le nuage de mots à droite.

     

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